REÏSEBILD E II.
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donner le nombre des pieds. Mais c’était aux odes qu’ildonnait le plus d’attention.
— Dans cette partie-là, disait-il, il y a beaucoup plusà apprendre que dans les sonettes et gazeles, vu quedans les odes, les pieds sont imprimés à part en tête,de sorte qu’on peut compter commodément chaquepièce. Tous les poètes devraient bien, comme Ramierle jeune dans ses poésies de vers les plus difficiles, im-primer les pieds en tète, et dire aux gens : — Voyez, jesuis un honnête homme; je ne veux pas vous tromper.Ces raies tortues ou droites que je mets au-dessus dechaque poésie, sont comme qui dirait un conto finto dechaque morceau, et vous pouvez voir au juste, en comp-tant, combien de peines il m’a coûtées. Elles sont commequi dirait l’étiquette de l’aunage attachée à chacune despièces.Vous pouvez mesurer après moi, et s’il y manqueune seule syllabe, vous devez m’appeler un voleur, aussivrai que je suis un honnête homme. — Mais c’est juste-ment par cet air honnête que le public est encore trompé.C’est quand on voit les pieds écrits au-dessus de la pièce,qu’on se dit : — Je ne veux pas être un homme mé-fiant. A quoi bon compter après l’auteur? C’est sansdoute un honnête homme... — Et puis l’on ne comptepas, et l’on est attrapé. D’ailleurs, peut-on toujourscompter? Aujourd’hui nous sommes en Italie, et, là,j’ai le temps d’écrire avec de la craie les pieds sur leplancher, et de collationner chaque ode; mais à Ham-bourg, où j’ai mou établissement, le temps me manque,