174
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
nôtres un morceau de musique avec de joyeuses mélo-dies. Ma tête assombrie avait besoin d’une aussi salutairedistraction, surtout en ce moment, qu’il me faut écrirema visite chez son Excellence le marquis Cristoforo diGumpelino. Je vais te raconter cette touchante histoirefort exactement, mot à mot, et dans sa plus sale pureté.
Il était déjà tard quand j’arrivai à la maison du mar-quis. En entrant dans la chambre, je trouvai Hyacintheseul qui nettoyait les éperons d'or de son maître. Celui-ci , ainsi que je le pouvais voir par la porte à demi ou-verte de sa chambre à coucher, était agenouillé devantune madone et un grand crucifix.
Il faut que tu saches, cher lecteur, que le marquis,cet homme de qualité, est maintenant un bon catho-lique, qu’il accomplit strictement toutes les cérémoniesde l’Église hors de laquelle il n’est point de salut, etqu’il se donne même, quand il est à Rome, un chape-lain, par la même raison qu’en Angleterre il entretenaitles meilleurs chevaux de course, et, à Paris, la plusbelle fille de l’Opéra.
— M. Gumpel fait maintenant sa prière, me dit toutbas Hyacinthe, avec un sourire important; et, me mon-trant le cabinet de son maître, il ajouta encore plusbas : — Il reste ainsi tous les soirs à genoux pendantdeux heures devant la Prima donna avec l’enfant Jésus.C’est un superbe morceau d’art, et il lui coûte 600 fran-eesconi.
— Et vous, monsieur Hyacinthe, pourquoi ne vous