ajouta-t-il, de même que l’orange devient d’autant plusjaune avec le temps, ainsi votre beauté acquiert, avecchaque année, plus de maturité.
La dame parut satisfaite de cette comparaison, etavoua en même temps qu’elle se sentait réellement plusmûre qu’autrefois, surtout qu’à l’époque où, étant en-core si mince, elle avait paru sur le théâtre de Bologne;elle ne concevait pas aujourd’hui comment elle avait pufaire furore avec une pareille figure. Elle raconta alorsson début dans le rôle d’Ariane, événement sur lequelelle revenait souvent, comme je le découvris plus tard,et le signor Bartolo devait toujours, en semblable occa-sion , déclamer les vers qu’il lui avait jetés ce jour-làsur le théâtre. C’était un bon morceau, plein d’afflictiontouchante sur la déloyauté, de Thésée, et d’enthousiasmeaveugle pour Bacchus et pour l’enivrante beautéd'Ariane. Bella cosa! s’écriait à chaque strophe signoraLetizia, et je louai, moi aussi, les images, la versificationet la conception de cette fable.
— Oui, elle est très-belle, dit le professeur, et reposesans doute sur une vérité historique : quelques auteursnous racontent en effet expressément, qu’Onéus, prêtrede Bacchus, se maria avec l’inconsolable Ariane quandil la trouva abandonnée dans l’île de Naxos, et, commeil arrive souvent, la tradition a fait du prêtre du dieu ledieu lui-même.
Je ne pus me ranger à cet avis, vu que je penche tou-ours en mythologie du côté de l’interprétation philoso-