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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
aussitôt sans attendre de réponse, et elle tourna dix-huitfois sur le même pied. —Et quel âge avez-vous, docteur?
— Moi, signora, je suis né la première nuit del’an 1800 .
— Je vous ai déjà dit, observa le marquis, que c’estun des premiers hommes de notre siècle.
— Et quel âge me donnez-vous? s’écria tout d’uncoup signora Letizia, et, ce disant, sans penser à soncostume d’Ève, que la couverture du lit avait caché jus-qu’alors, elle se leva si passionnément, qu’on découvritnon-seulement la mer Rouge, mais encore toute l’Arabie,la Syrie et la Mésopotamie.
Je fis en arrière un bond d’effroi à cette vue, et balbu-tiai quelques lieux communs sur la difficulté de déciderune pareille question, n’ayant encore vu la Signora qu’àmoitié. Mais, comme elle insistait avec plus d’impa-tience, je lui avouai la vérité, c’est-à-dire que je ne sa-vais pas encore calculer la différence de l’année italienneà l’année allemande.
— Cette différence est-elle donc si grande? demandasignora Letizia.
— Cela se comprend, répondis-je : comme la chaleurdilate tous les corps, il en résulte que, dans la brûlanteItalie, les années sont plus longues que dans l’Alle-magne, qui est froide.
Le marquis me tira mieux d’embarras, en assurantgalamment que la beauté de la dame venait seulementd’arriver à sa maturité la plus éclatante. Signora,