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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
peut-être le sentiment lui-même qui s’est maintenu toutà fait indépendant de son ancien objet, et ne le consi-dère plus qu’avec les yeux du souvenir. C’est ainsi quenous voyons souvent, dans les villes catholiques, devieilles gens s’agenouiller au coin des rues devant unemadone tellement pâlie et dégradée, qu’il n’en reste quequelques contours, ou même qu’on n’y voit rien que laniche où elle était peinte, et tout au plus la lampe sus-pendue au-dessus. Mais les vieilles gens qui s’y age-nouillent si dévotement avec le rosaire dans leurs mainstremblantes, s’y sont agenouillés depuis leur enfance;l’habitude les amène à la même heure, à la même place.Ils n’ont pas remarqué la disparition de leur imagechérie, et puis à la tin, l’âge affaiblit ou perd la vue, desorte qu’il peut être tout à fait indifférent que l’objet denotre dévotion soit visible ou non. Ceux qui croient sansvoir sont, dans tous les cas, plus heureux que les clair-voyants, qui remarquent tout de suite la moindre ger-çure au visage de leur madone. Oh! rien n’est plusaffreux que de pareilles découvertes ! Jadis, il est vrai,je croyais que l’infidélité était la chose la plus horriblechez les femmes, et pour leur dire alors la plus horribleinjure, je les appelais des serpents. Mais, hélas ! je saismaintenant que le plus horrible, c’est qu’elles ne sontpas tout à fait des serpents, car les serpents rejettentchaque année la vieille peau, et se rajeunissent avec uneneuve.
Je ne pus remarquer si l’un des deux antiaues Cela-