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2 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

peut-être le sentiment lui-même qui sest maintenu toutà fait indépendant de son ancien objet, et ne le consi-dère plus quavec les yeux du souvenir. Cest ainsi quenous voyons souvent, dans les villes catholiques, devieilles gens sagenouiller au coin des rues devant unemadone tellement pâlie et dégradée, quil nen reste quequelques contours, ou même quon ny voit rien que laniche elle était peinte, et tout au plus la lampe sus-pendue au-dessus. Mais les vieilles gens qui sy age-nouillent si dévotement avec le rosaire dans leurs mainstremblantes, sy sont agenouillés depuis leur enfance;lhabitude les amène à la même heure, à la même place.Ils nont pas remarqué la disparition de leur imagechérie, et puis à la tin, lâge affaiblit ou perd la vue, desorte quil peut être tout à fait indifférent que lobjet denotre dévotion soit visible ou non. Ceux qui croient sansvoir sont, dans tous les cas, plus heureux que les clair-voyants, qui remarquent tout de suite la moindre ger-çure au visage de leur madone. Oh! rien nest plusaffreux que de pareilles découvertes ! Jadis, il est vrai,je croyais que linfidélité était la chose la plus horriblechez les femmes, et pour leur dire alors la plus horribleinjure, je les appelais des serpents. Mais, hélas ! je saismaintenant que le plus horrible, cest quelles ne sontpas tout à fait des serpents, car les serpents rejettentchaque année la vieille peau, et se rajeunissent avec uneneuve.

Je ne pus remarquer si lun des deux antiaues Cela-