140
ŒUVRES UE HENRI HEINE.
le parfum me montait à la tête comme celui du foinnouveau, mon pauvre cœur, déjà bien décliiré, faillitéclater tout à fait, mais de rire, et je m’écriai involon-tairement : — Mon cher monsieur le conseiller de l’in-tendance Wilhelm Naumann, que vous fait donc laverdure des arbres?
— Vous êtes un homme déchiré, pour ainsi dire, unByron !... répéta le marquis, puis il plongea encore sonregard d’élu inspiré dans la vallée, fit claquer plusieursfois sa langue contre son palais en signe d’admirationpieuse...— Dieu! Dieu! tout cela a l’air d’une peinture!
Pauvre Byron ! de si pures jouissances te furent re-fusées ! Ton cœur était-il donc corrompu à ce point quetu n’as pu que voir la nature et seulement la peindre ?^ Ou bien Bishy Shelley a-t-il raison quand il dit que tu
■J as surpris la nature dans sa chaste nudité, et que pour
ce crime, tu fus, comme Actéon, déchiré par les chiens?
Assez. Nous arrivons à un sujet plus aimable, à la de-meure de signora Letizia et de Francesca, petite villa quiparaît presque encore en robe blanche de négligé. Onvoit à l’entrée deux grandes fenêtres rondes, devantlesquelles des vignes élevées laissent retomber leurspampres, de sorte qu’on dirait d’une chevelure verteépandue avec toute la richesse de ses boucles sur lesyeux de la maison. Dès le seuil de la porte, nous sommesaccueillis par des résonnances de toute espèce, fredonsroulants, sons de guitare et rires joyeux.