REISEB1LDER.
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Cher lecteur, appartiendrais-tu à ces pieux oiseaux quifont chorus en psalmodiant cette litanie du déchirementbyronien, qu’on m’a sifflée et gazouillée de toutes les ma-nières aux oreilles depuis plus de dix ans, et qui avait,comme tu viens de le voir, trouvé son écho, même dansla cervelle du marquis? Hélas! cher lecteur ! si tu veuxdéplorer ce déchirement, déplore plutôt que le mondelui-même soit déchiré en deux. Et comme le cœur dupoète est le point central du monde, il lui a bien fallude nos jours se sentir douloureusemeet déchirer. Celuiqui se vante d’avoir conservé un cœur entier et compacte,avoue seulement qu’il a un cœur prosaïque tenu à l’écartdans son coin. Pour le mien, la grande déchirure dumonde l’a partagé, et c’est à cela que j’ai reconnu queles grands dieux m’ont favorisé de préférence à beau-coup d’autres, et qu’ils m’ont jugé digne du martyre depoète.
Jadis, le monde fut d’une seule pièce, dans l’antiquitéet dans le moyen âge.En dépit des querelles extérieures,il y avait toujours une unité du monde, et il y avait despoètes entiers. Honorons ces poètes et jouissons de leurgénie ; mais toute imitation de leur unité est un men-songe, un mensonge qui saute aux yeux clairvoyants,et qui n’échappe pas au ridicule. Dernièrement, j’ai pume procurer avec beaucoup de peine à Berlin les versd’un de ces poètes entiers qui ont tant déploré mon dé-chirement byronien; et au milieu des verdures menson-gères, des tendres sentiments de la nature, dont parfois