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2 (1861)
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139
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REISEB1LDER.

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Cher lecteur, appartiendrais-tu à ces pieux oiseaux quifont chorus en psalmodiant cette litanie du déchirementbyronien, quon ma sifflée et gazouillée de toutes les ma-nières aux oreilles depuis plus de dix ans, et qui avait,comme tu viens de le voir, trouvé son écho, même dansla cervelle du marquis? Hélas! cher lecteur ! si tu veuxdéplorer ce déchirement, déplore plutôt que le mondelui-même soit déchiré en deux. Et comme le cœur dupoète est le point central du monde, il lui a bien fallude nos jours se sentir douloureusemeet déchirer. Celuiqui se vante davoir conservé un cœur entier et compacte,avoue seulement quil a un cœur prosaïque tenu à lécartdans son coin. Pour le mien, la grande déchirure dumonde la partagé, et cest à cela que jai reconnu queles grands dieux mont favorisé de préférence à beau-coup dautres, et quils mont jugé digne du martyre depoète.

Jadis, le monde fut dune seule pièce, dans lantiquitéet dans le moyen âge.En dépit des querelles extérieures,il y avait toujours une unité du monde, et il y avait despoètes entiers. Honorons ces poètes et jouissons de leurgénie ; mais toute imitation de leur unité est un men-songe, un mensonge qui saute aux yeux clairvoyants,et qui néchappe pas au ridicule. Dernièrement, jai pume procurer avec beaucoup de peine à Berlin les versdun de ces poètes entiers qui ont tant déploré mon dé-chirement byronien; et au milieu des verdures menson-gères, des tendres sentiments de la nature, dont parfois