IV
Un jour que j’étais allé, par une belle journée deprintemps, me promener sous les tilleuls à Berlin, je vismarcher devant moi deux femmes qui se turent long-temps, jusqu’à ce qu’enfin l’une d'elles dit avec un sou-pir de langueur: Ohl la verdure des arbres! Sur quoi,l’autre, toute jeune fille, dit avec un étonnement naïf:Maman, que vous fait donc la verdure des arbres?
Je ne pus m’empêcher de remarquer que ces deuxpersonnes n’étaient point vêtues de soie, mais qu’ellesn’appartenaient pourtant pas à la populace, d'autantplus qu’il n’y a pas de populace à Berlin, sinon dansles classes les plus élevées. Quant à celte question naïve,elle ne me sort pas de la mémoire. Partout où je prendssur le fait un faux sentiment de la nature, et quelquehypocrisie verdoyante de cette espèce, la question de laBerlinoise me revient à l’esprit avec un rire bouffon.J’entendis en moi ce rire pendant la déclamation dumarquis, et lui, devinant l’ironie sur mps lèvres, s’écriaavec humeur : Ne me troublez pas... Vous n’avez pasle sentiment de la pure nature... Vous êtes un hommedéchiré, une âme déchirée, et pour ainsi dire un Byron.