XXXI
Je ne puis me dispenser de faire mention de la col-lection des portraits de belles Génoises qu’on montredans le palais Durazzo. Rien ne peut jeter notre âmedans une disposition plus triste qu’une telle représenta-tion de belles femmes qui sont mortes depuis plusieurssiècles. Nous sommes glacés par cette pensée mélan-colique que des originaux de ces peintures, de toutesces belles qui étaient si aimables, si coquettes, si spiri-tuelles, si piquantes, si capricieuses, de toutes ces têtesde mai avec leurs giboulées d’avril, de tout ce printempsde femmes, il n’est rien resté que ces ombres barioléesqu’un peintre, depuis longtemps moisi comme elles, acoloriées sur un petit carré de mauvaise toile qui sefane et tombe aussi en poussière avec le temps. C’estainsi que déparait, sans laisser de traces, toute vie, labeauté comme la laideur; et la mort, sèche pédante,épargne la rose aussi peu que le chardon; elle n’oubliemême pas la clochette solitaire dans le désert le pluséloigné, et détruit radicalement et sans cesse. Partoutnous voyons comme elle broie en poussière les plantes