■112 ŒUVRES UE HENRI HEINE.
Les deux maîtres se ressemblent davantage par la pro-ductivité, par la hardiesse de la création, et par l’origi-nalité de leur génie. Tous deux sont nés peintres, etappartiennent à ce cycle de grands maîtres qui florissaitdu temps de raphaël, temps qui a pn exercer encoresur Rubens une influence immédiate, mais qui est siloin, si séparé de nos jours, que nous restons presqueeffrayés à l’apparition de Pierre Cornélius. Il noussemble voir parfois comme le spectre d’un de ces grandspeintres de la période raphaélique , qui serait sorti dela tombe pour peindre encore quelques tableaux, créa-teur mort, évoqué par la magie d’un charme qu’on avaitenterré avec lui. Quand nous considérons les figures deces toiles, elles nous regardent comme avec des yeux duquinzième siècle; les vêtements sont ceux de fantômesqui nous frôleraient en passant, à l’heure de minuit. Lescorps ont une force magique, elles sont dessinées avec lavérité du songe, et violemment vrais. Il ne leur manqueque le sang, la vie palpitante, la couleur. Oui, Corné-lius est un créateur ; mais si nous examinons ses créa-tures , nous croyons reconnaître qu’aucune d’elles n’apu vivre longtemps, qu’elles ont dû toutes être pointesune heure avant leur décès, et qu’elles portent en ellesle douloureux pressentiment de leur fin prochaine. Endépit de leur gaieté, les figures de Rubens excitent dansnotre âme un sentiment tout semblable. Elles parais-sent, elles aussi, porter dans leur sein le germe de lamort; et c’est comme si elles devaient, à cause même