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lisible, vu que mainte peuplade germanique ne savaitpas encore écrire, et qu’il lui fallait recourir à la des-truction pour laisser un souvenir: cela suffisait certai-nement, car ces ruines parlent plus clairement encoreque des caractères élégamment tracés. Les barbares quioccupent de nos jours l’antique hôtellerie ne manque-ront pas de laisser de semblables monuments de leuraimable présence, car ils ne possèdent pas des sculp-teurs et des poètes qui pourraient les recommander à lamémoire de la postérité par des moyens plus civilisés.
Je ne demeurai qu’un jour à Vérone, mais dans unecontinuelle admiration de toutes ces choses inouïesqui s’offraient à mon regard. Je restais immobile tantôtdevant les édifices antiques, tantôt devant les hommesqui fourmillaient au travers avec un mystérieux em-pressement, puis enfin devant ce ciel d’un bleu divinqui enfermait comme un cadre précieux cet admi-rable ensemble, et en faisait un tableau. Mais il estcurieux de faire soi-même partie du tableau qu’on vientde considérer, et d’en voir les figures vous sourire,surtout les femmes, comme cela m’arriva agréablementsur la Piazza-delle-Erbe, c’est-à-dire le marché auxlégumes. Il y avait là foule de délicieuses figures,femmes et filles, figures aux grands yeux languissants,corps charmants et fort habitables, d’un jaune piquant,naïvement sales, créés plutôt pour la nuit que pour lejour. Le voile noir ou blanc que les femmes de la villeportent sur la tête, était jeté avec tant d’art autour du