74 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
tion des peuples germaniques qui quittaient les forêtsdu Nord et passaient les Alpes, pour s’abattre sous lesoleil doré de la douce Italie. Quelques-uns s’avancèrentplus loin, d’autres s’y trouvèrent bien tout d’abord, etils s’y établirent commodément, revêtirent des habitsde soie, et se couchèrent paisiblement parmi les fleurset les cyprès, jusqu’à ce que de nouveaux aventuriers,qui avaient encore leurs froids vêtements de fer, vinssentdu Nord et les dépossédassent, histoire qui s’est renou-velée souvent, et que les historiens ont appelée l’émigra-tion des Barbares. Quand on erre aujourd’hui dansl’enceinte de Vérone, on retrouve partout les vestigesmerveilleux de ces temps, ainsi que des temps plus an-ciens et plus modernes. Les Romains particulièrementsont représentés par l’amphithéâtre et l’arc de triomphe;l’époque de Théodoric, le Dietrich de Berne, que nouschantons dans nos légendes, vit encore dans les restesfabuleux d’une foule d’édifices byzantins; des ruinesaudacieuses et presque frénétiques rappellent le roiAlboin et ses Lombards furibonds, et des monumentsâgés de dix siècles nous reportent à Charlemagne, dontles paladins sont ciselés à la porte de la cathédrale avectoute la grossièreté franque qu’ils ont certainement euependant leur vie. On se figure la ville comme une grandehôtellerie des peuples, et de même qu’on grave dans lesauberges son nom sur les murs et sur les fenêtres,chaque peuple a laissé ici des traces de son passage, quisans doute ne sont pas toujours d’une écriture fort