REISEBILDER. 69
observation attentive, et soufflait parfois, en forme d’ac-compagnement, dans une trompette de bois.
L’auberge où j’entrai pour me reposer, et où je dînai,était déjà aussi tout à la manière italienne. Au premierétage, une estrade en plein air, avec vue sur la cour, oùgisaient des voitures brisées et des tas de fumier, où lescoqs d’Inde, avec leurs sottes crêtes rouges, et les.paons, orgueilleusement misérables, se promenaientautour d’une demi-douzaine de polissons déguenillés,qui se faisaient mutuellement la chasse à la vermine,suivant la méthode de Bell et de Lancastre. De cetteestrade, en suivant une rampe de fer brisée,” on arrive àune large chambre en forme de salle. Pavé de marbre,et dans le milieu, un vaste lit où les puces font leursnoces; partout une saleté grandiose. L’hôte bondit àdroite et à gauche pour demander mes ordres. Il portaitun surtout vert douteux et une figure changeante, aumilieu de laquelle un long nez bossu, avec une verruerouge et velue, assise sur ce nez comme un singe àjaquette rouge sur le dos d’un chameau. Il sautait çà etlà, et c’était comme si le petit singe rouge eût fait au-tant de cabrioles sur le nez. Mais il s’écoula bien uneheure avant qu’il m’apportât la moindre chose, et quandje m’en plaignis, il m’assura que je parlais déjà très-bienl’italien.
Il fallut me contenter pendant longtemps de l’agréableodeur de rôti, qui montait jusqu’à moi d’une cuisinesans porte, où la mère et la fille, assises l’une près de