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XIX
Je ne tardai pas à m’aller coucher; je m’endormisbientôt, et me perdis dans des songes extravagants. Jerêvai donc que j’étais plus jeune de quelques heures; jerecommençai mon arrivée à Trente; je m’ébahis surnouveaux frais, et d’autant plus en ce moment que jene voyais au lieu d’hommes que des fleurs qui couraientles rues. Là se promenaient des œillets éblouissants, quis’éventaient avec volupté, de coquettes balsamines, deshyacinthes avec leurs jolies têtes vides; derrière elles sepressait une troupe de narcisses à moustaches et dechevaleresques spéronelles. Au coin de la rue se dispu-taient deux "pâquerettes. Une giroflée toute tachetée,couverte d’atours bizarrement bariolés, épiait à lafenêtre d’une chétive maison, et, derrière elle, retentis-sait une voix de violette du plus doux, parfum. Sur lebalcon du Grand-Palais, en regard du marché, étaitrassemblée toute l’aristocratie, la haute noblesse, ceslis qui ne travaillent ni ne filent, et se croient pourtantaussi magnifiques que le roi Salomon dans toute sasplendeur. Je crus y retrouver aussi la grosse fruitière ;
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