60
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
In terre, pardonne à mes pauvres compatriotes, qui teblasphèment sur le papier gris comme la peau de l’âne.Moi, je me laisse enchanter par tes accords dorés, par tes■éclairs vibrants, par tes rêves étincelants, par tes papil-lons mélancoliques, qui voltigent élégamment autour demoi et pressent sur mon âme leurs baisers comme avecles lèvres des'grâces ! Divino maestro! pardonne à mespauvres compatriotes, qui ne voient point ta profondeur,parce que tu la couvres de roses. Tu ne leur parais pasassez chargé de pensées, parce que tu voltiges légèrementsur tes ailes de dieu ! il est vrai que pour aimer la mu-sique italienne d’aujourd’hui, et pour la comprendre parl’amour,-il faut avoir sous les yeux le peuple même, sonciel, son caractère, sa physionomie, ses souffrances, sesjoies, enfin toute son histoire, depuis Romulus, qui afondé le saint empire romain, jusqu’aux temps actuels,où cet empire a fini, sous Romulus Augustule II. Parlerest chose défendue à la pauvre Italie esclave; elle n’aque la musique pour exprimer les sentiments de soncœur. Toute sa haine contre la domination étrangère,son enthousiasme pour la liberté, Ih rage de son impuis-sance, son affliction au souvenir de sa magnificencepassée, puis son faible espoir, son attente inquiète, sasoif impatiente de secours, tout se cache dans ces mé-lodies qui passent de la plus grotesque ivresse de la vieà la douceur la plus élégiaque, et dans ces pantomimesoù le courroux menaçant succède aux caresses flat-teuses.