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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
deur de nos sapins, et les rêveries désireuses et languis-santes trouvent bien mieux leur compte en face de cesnuages à formes idéales dans le ciel bleu d’Italie, quesous notre vulgaire ciel gris-cendre en Allemagne, oùles nuages eux-mêmes ne nous font guère voir qued’honnêtes charges d’épiciers, et bâillent d’ennui jusqu’àterre! Restez donc dans mon cœur, chagrins! vous netrouveriez nulle part une meilleure condition. Vousm’êtes chers et précieux, et personne ne saurait vousconserver et vous soigner aussi bien que moi ; et puis,je l’avoue, vous me faites plaisir. Et qu’est-ce, à bienprendre, que le plaisir? Le plaisir n’est qu’une douleurfort agréable.
Je crois que la musique, qui, sans que j’y prissegarde, s’était fait entendre devant la botega, et avaitattiré un cercle de spectateurs, avait, à la façon du mé-lodrame , accompagné ce monologue. C’était un singu-lier trio composé de deux hommes et d’une jeune fillequi pinçait la harpe. L’un des hommes, habillé d’uneredingote d’hiver en molleton blanc, avait une largecarrure et un visage de bandit qui étincelait, commeune comète menaçante, au milieu de cheveux et defavoris noirs : il tenait entre les jambes un énorme vio-loncelle qu’il raclait avec la même furie que s’il eût,dans les Abruzzes, jeté à terre quelque voyageur, etqu il voulût se dépêcher de lui couper le cou ; l’autreétait un vieillard long et maigre, dont les jambes ébré-cnées tremblotaient dans un ci-devant pantalon noir,