Quand je revins à la locanda délia grande Europa,où j’avais commandé un bon pranzo , je me sentis réel-lement l’âme si dolente que je ne pus manger, et c’estbeaucoup dire. Je m’établis devant la porte de la bo-tega voisine, me rafraîchis avec du sorbet, et me dis àpart moi :
— Cœur capricieux ! te voilà en Italie... Pourquoi netyrilises-hi pas? Est-ce que les vieux chagrins d’Alle-magne, ces petits serpents blottis dans tes profondeurs,sont venus en Italie de compagnie avec toi, et se ré-jouissent maintenant, de sorte que leur allégresse pro-duit dans ton sein cette douleur pittoresque qui pique,se tord et siffle d’une façon si singulière? Et pourquoiles vieux chagrins n’auraient-ils pas aussi leur part dejoie? tout est si beau ici en Italie, que la souffrancemême y est belle; dans ces palais de marbre ruinés, lessoupirs résonnent d’une manière bien plus romantiqueque dans nos petites maisons en briques si proprettes ;on est bien plus voluptueusement pour pleurer sous cesbosquets de laurier, que sous le feuillage aigre et gron-