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Mon mauvais italien fit qu’elle me prit d’abord pourun Anglais, mais je lui avouai que je n’étais qu’Alle-mand. Alors elle me fit une foule de questions géogra-phiques, économiques, hortologiques et climatériquessur l’Allemagne, et s’émerveilla quand je lui avouai en-core que les citrons ne poussaient pas chez nous, quenous étions obligés, pour faire le punch, de presser très-tort le peu de citrons qui nous venaient d’Italie, et que,par désespoir, nous en remplacions le jus par du rhum.— Hélas, ma chère dame, lui dis-je, il fait froid et hu-mide dans notre pays; notre été n’est qu’un hiver badi-geonné en vert, le soleil même est forcé de porter cheznous un gilet de flanelle, s’il ne veut se refroidir. Sousces rayons jaunes de flanelle, nos fruits ne peuvent venirà point; ils ont l’air pâle et malheureux, et, entre noussoit dit, les seuls fruits mûrs que nous ayons sont despommes cuites. Quant aux figues, il nous faut, commeles citrons et les oranges, les tirer des pays étrangers,et la longueur du voyage les rend sottes et farineuses ;nous ne pouvons recevoir fraîche et de première mainque la plus mauvaise espèce, et celle-là est si amère,que celui qui la reçoit gratis vous intente une plainte envoie de fait. En un mot, tous les fruits de qualité nousmanquent, et nous ne possédons que les groseilles àmaquereau, les poires, les noisettes, les prunes longues,et autre semblable populace.