XV
Je me réjouissais réellement d’avoir, dès mon entréeen Italie, fait une bonne connaissance; et si des senti-ments pressants ne m’eussent entraîné au Midi, je seraisprovisoirement resté à Trente, auprès de la bonne frui-tière , des bonnes figues, et des amandes, et du petitsonneur, et, dois-je le dire? auprès des belles jeunesfilles qui passaient à flots devant moi. J’ignore sid’autres voyageurs ratifieront cette épithète de belles;mais les Trentaises me plurent à moi d’une façon touteparticulière. Elles étaient justement 'de l’espèce quej’aime : j’aime ces visages pâles, élégiaques, où desyeux grands et noirs brillent si douloureusement d’a-mour; j’aime le teint foncé de ces cous au port superbe,que Phœbus a déjà aimés le premier, et que ses baisersont brunis; j’aime jusqu’à cette nuque un peu trop mûre,avec de petits points de pourpre, comme si des moi-neaux libertins l’eussent déjà piquetée ; mais, avant tout,j’aime cette démarche pleine de désinvolture superbe,cette musique muette du corps, ces membres qui semeuvent dans les rhythmes les plus suaves, voluptueux,