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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
blanc, richement engraissées de pommade, et pastora-lement piquées de fleurs naturelles. J’observais cettefemme avec la même attention qu’un antiquaire sestorses de marbre fraîchement découverts; je pouvaisencore étudier beaucoup sur cette ruine humaine vi-vante, démontrer par elle les diverses couches des civi-lisations d'Italie, l’étrusque, la romaine, la gothique, lalombarde, jusqua la moderne poudrée à frimas, etc’était une chose fort intéressante pour moi que de voirdans cette femme le contraste de ce résumé de civilisa-tions, avec sa profession et ses habitudes passionnéessans contrainte. Je n’étais pas moins intéressé par lesobjets de son commerce, les amandes fraîches que jen’avais jamais vues encore dans leur enveloppe verteprimitive, et les figues mûres et parfumées, amonceléesen tas comme chez nous les poires. Je me réjouissaisaussi à la vue des grandes corbeilles d’oranges et decitrons frais, et puis, quel aspect tout appétissant ! à côté,dans une corbeille vide, était couché un superbe enfant,qui tenait dans ses mains une petite clochette, et,pendant que la grosse cloche tintait à l’église, il ré-pondait dans chaque intervalle de deux battements parun coup de sa clochette, et souriait avec une si heureuseinsouciance au ciel bleu étendu sur sa tête, qu’il merevint à moi-même la fantaisie d’enfant la plus drôle,que je m’établis devant cette riante corbeille, que je fisle petit gourmand, et que j’entrai en conversation avecla fruitière.