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XIV
Quand je repassai sur la place du marché, la susditefruitière du coin me salua de façon tout amicale et fami-lière, comme si nous étions de vieilles connaissances.—Peu importe, me dis-je, de quelle manière on fasse uneconnaissance, pourvu qu’on arrive à se connaître. Quel-ques invectives jetées à la tête ne sont pas, à vrai dire,la meilleure introduction; mais moi et la fruitière, nousnous regardions pourtant aussi gracieusement que sinous nous fussions réciproquement présenté les meil-leures lettres de recommandation. D’ailleurs, la bonnefemme n’avait pas mauvais air. Elle était, sans doute,déjà à cet âge où les années de service sont inscritessur le front avec de fatals chevrons ; mais elle avait, enrevanche, d’autant plus d’embonpoint, et ce qu’elleavait perdu en jeunesse était regagné en poids. Ajoutezque sa figure conservait toujours les traces d’une grandebeauté, et qu’on y lisait, comme sur les vieux pots defaïence : Aimer et être aimé est le plus grand bonheurde la terre. Mais ce qui lui prêtait le plus de charmes,c’était sa coiffure, ses boucles bien roulées, poudrées à