Druckschrift 
2 (1861)
Entstehung
Seite
47
Einzelbild herunterladen
 

REISEB1LDER.

47

On ne sen peut faire aucune idée dans notre Allemagneprotestante du Nord, les églises ne sont point bâtiesdune manière aussi confortable, la lumière se lancesi insolemment par nos rationnelles vitres sans images, même la froide abstraction des prêches ne protègepoint suffisamment contre la chaleur. Quon dise cequon voudra, le catholicisme est une bonne religiondété. On est bien étendu sur les bancs de ces vieillescathédrales, on y goûte une piété fraîche, un saint dolcefar niente, on prie, on rêve et lon pèche en pensée; lesmadones dans leurs niches ont pour nous des regards simiséricordieux ; leur cœur de femme vous pardonnemême quand on a mêlé leurs traits divins à des rêveriespécheresses; et, pour le surplus, on a dans un coin, encas de nécessité, un établissement en bois brun, àlusage de la conscience, lon peut se soulager de sespéchés.

Un jeune moine, à mine sévère, était assis dans unesemblable boutique. Le visage de la dame qui lui con-fessait ses péchés métait dérobé, partie par son voileblanc, partie par la planche latérale du confessionnal;pourtant une main se montrait en dehors dont la vuemarrêta. Je ne pouvais cesser de regarder cette main;le réseau azuré des veines et léclat délicat des doigtsblancs métaient bien singulièrement connus, et toute lapuissance de rêverie de mon âme fut en mouvementpour imaginer une figure qui pût appartenir à cettemain. Cétait une bien belle main, et non, comme on en