REISEBILDEK.
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n’est-il au fond qu’un songe , et j’aurais de bon cœurdonné un thaler pour un soufflet de femme, seulementpour apprendre si j’étais éveillé ou endormi.
Peu s’en fallut que je n’eusse cet article à meilleurcompte, quand je me heurtai contre la grosse vendeusede fruits, au coin du marché ; mais elle se contenta dem’engueuler avec force jurons, et je pus alors me con-vaincre que je me trouvais dans la réalité la plus réelle,au milieu de la place publique de Trente, près de lagrande fontaine dont les tritons et les dauphins de cuivrelançaient d’une manière fort appétissante leur eau clairecomme de l’argent. A gauche, était un vieux palazzodont les murs étaient peints de figures allégoriques ba-riolées, et sur la terrasse on exerçait à l’héroïsme quel-ques soldats autrichiens; à droite, une petite maisongotho-lombarde d’un goût capricieux, dans l’intérieurde laquelle une voix fraîche et légère de jeune fille fre-donnait si gaiement, si hardiment, que les murs crevassésen tremblaient de plaisir ou de vieillesse; au-dessuss’avançait, hors d’une fenêtre en ogive, une chevelurenoire, frisée, tortillée comme un labyrinthe, frisure decomédienne, sous laquelle s’allongeait un visage maigreet.durement caractérisé, qui n’était fardé que sur lajoue gauche, et ressemblait ainsi à une omelette cuited’un seul côté. Devant moi s’élevait le dôme antique,ni grand,ni sombre, barbon riant, vieilli à point, aimableet engageant.