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2 (1861)
Entstehung
Seite
44
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ŒUVRES DK HENRI HEINE.

hommes, et il me semblait presque avoir déjà vu cesmaisons en de meilleurs jours, quand leurs jolies pein-tures éclataient de la fraîcheur des couleurs ; quand lesornements dorés des frises des fenêtres netaient pasencore aussi noircis, et que la madone de marbre, avecson enfant dans les bras, avait encore son admirabletête, que le temps iconoclaste a brisée depuis dunefaçon si brutale. Les figures des vieilles femmes me pa-raissaient aussi fort connues, et me faisaient leffetdavoir été découpées sur les toiles des vieilles pein-tures italiennes que javais vues, étant enfant, dans lagalerie de Dusseldorf!'. Les vieux hommes me parais-saient également des connaissances oubliées depuislongtemps, et me regardaient avec des yeux sérieux,comme du fond des siècles. Même les jeunes filles lesteset pimpantes avaient quelque chose des allures pos-thumes, danciennement mort, et, en même temps, dejoyeusement ressuscité, au point que le frisson me tra-versa, mais un doux frisson, comme je lavais senti jadisquand, à lheure solitaire de minuit, je pressais de meslèvres les lèvres de Maria, femme admirablement belle,qui navait dautre défaut que dêtre morte. Mais forceme fut ensuite de rire de moi-même, et il me semblaque la ville entière nétait quune jolie nouvelle quej avais lue jadis, ou mieux encore, que javais composéemoi-même, et que jétais enchanté dans ma propre créa-tion, et que je meffrayais devant les figures enfantéespar ma fantaisie. Peut-être aussi, pensai-je, tout cela