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ŒUVRES DK HENRI HEINE.
hommes, et il me semblait presque avoir déjà vu cesmaisons en de meilleurs jours, quand leurs jolies pein-tures éclataient de la fraîcheur des couleurs ; quand lesornements dorés des frises des fenêtres n’etaient pasencore aussi noircis, et que la madone de marbre, avecson enfant dans les bras, avait encore son admirabletête, que le temps iconoclaste a brisée depuis d’unefaçon si brutale. Les figures des vieilles femmes me pa-raissaient aussi fort connues, et me faisaient l’effetd’avoir été découpées sur les toiles des vieilles pein-tures italiennes que j’avais vues, étant enfant, dans lagalerie de Dusseldorf!'. Les vieux hommes me parais-saient également des connaissances oubliées depuislongtemps, et me regardaient avec des yeux sérieux,comme du fond des siècles. Même les jeunes filles lesteset pimpantes avaient quelque chose des allures pos-thumes, d’anciennement mort, et, en même temps, dejoyeusement ressuscité, au point que le frisson me tra-versa, mais un doux frisson, comme je l’avais senti jadisquand, à l’heure solitaire de minuit, je pressais de meslèvres les lèvres de Maria, femme admirablement belle,qui n’avait d’autre défaut que d’être morte. Mais forceme fut ensuite de rire de moi-même, et il me semblaque la ville entière n’était qu’une jolie nouvelle quej avais lue jadis, ou mieux encore, que j’avais composéemoi-même, et que j’étais enchanté dans ma propre créa-tion, et que je m’effrayais devant les figures enfantéespar ma fantaisie.— Peut-être aussi, pensai-je, tout cela