V
Tirily! lirily! je vis, je sens la douce souffrance del’existence, je sens toutes les joies et toutes les peinesdu monde, je souffre pour le salut de tout le genre hu-main, j’expie ses péchés, mais j’en jouis aussi.
Et ce n’est pas seulement avec les hommes, c’est en-core avec les plantes que mes sentiments sont sympa-thiques; celles-ci me racontent, avec leurs mille languesvertes, les plus charmantes histoires. Elles savent que jen’ai pas un orgueil d’homme, et que j’ai autant de plaisirà parler avec les humbles fleurs des prairies qu’avec lessapins les plus élevés. Hélas! je ne sais que trop ce qu’ilen est de ces superbes sapins ! Ils s’élancent du fondde la vallée jusqu’aux nuages, et dépassent presque lescimes des granits les plus hardis : mais combien duretoute cette grandeur? Tout au plus quelques misérablessiècles, après quoi ils tombent accablés de vieillesse etn’ont plus qu’à pourrir sur le sol. Puis, pendant la nuit,les hiboux sortent silencieusement de leurs crevasses,et viennent ajouter l’insulte au malheur:—Voyez ! sapinsqui étiez si forts, vous avez cru pouvoir vous mesurer