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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
grandement ce désagrément. Le ministre de l’instruc-tion publique essaya d’y remédier par des mesures sé-rieuses : il ordonna que les grosses sottises pussentseules être imprimées. Les petites ne sont permises quedans la conversation, permission qui n’a été accordéequ’aux professeurs et aux fonctionnaires élevés. Lespetites gens ne doivent émettre leurs sottises qu’en se-cret. Malheureusement toutes ces précautions ne ser-virent à rien. Les sottises comprimées se firent jour avecd’autant plus de force dans les occasions extraordi-naires, elles furent même secrètement protégées d’enhaut, et surgirent publiquement d'en bas. L’embarrasétait grand, quand enfin fut trouvé un moyen rétroactifpar lequel on peut défaire toute sottise ou même latransformer en chose raisonnable. Ce moyen est toutsimple, et consiste à déclarer qu’on n’a fait ou dit la sot-tise en question que par ironie. Ainsi, ma chère enfant,tout avance dans ce monde; la sottise devient ironie; laflagornerie,manquée satire; la lourdeur naturelle, persi-flage adroit; la folie réelle, verve comique; l’ignorance,esprit brillant ; et tu finiras toi-même par devenir l’As-pasie de la nouvelle Athènes.
J’en aurais bien dit davantage si la belle Nannerl, queje retenais par son tablier, ne se fût violemment dégagéequand elle entendit un orage de voix qui demandaientde toutes parts de la bière. Quant au Berlinois, il avait1 air de 1 ironie, même en considérant avec quel enthou-siasme furent reçus les grands pots écumants; et, dési-