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Poëmes et légendes
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355
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LE LIVRE DE LAZARE.

355

V

Tu étais une blonde jeune fille, si gracieuse, si gen-tille, — et si froide! Vainement j’attendais l’heure oùton cœur s’ouvrirait pour laisser jaillir l’enthousiasme,

L’enthousiasme de ces choses sublimes que le senscommun et la prose estiment peu, il est vrai, mais pourlesquelles tout ce qu’il y a de noble, de beau et de bonsur cette terre brûle, souffre et saigne.

Aux bords du Rhin, près des coteaux couverts devignes, nous allions jadis pendant les jours d’été. Lesoleil riait ; du calice amoureux des fleurs s’exhalaientdes parfums embaumés.

Les œillets de pourpre et les roses nous envoyaientde rouges baisers qui brûlaient comme des flammes.Dans les plus humbles pâquerettes, une vie idéale sem-blait s’épanouir.

Mais toi, tu marchais tranquille auprès de moi, dansta blanche robe de satin, chaste et digne comme cesimages de jeunes filles que dessine le pinceau de Net-scher. Ton cœur dans ton corsage était comme un petitglacier.

vi

Devant les assises de la raison, tu as été complète-ment absoute. L’arrêt porte ces mots : La petite, ni parparoles, ni par action, n’a violé une promesse.