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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
turne des esprits, souvent le lendemain matin la mainpâle du mort essaie d’en griffonner la description.
IV
Je les vis rire, je les vis sourire, puis je les vis tomberdans l’abîme. J’entendis leurs sanglots, leurs râles d’a-gonie, et j’assistai à tout cela sans être troublé.
Vêtu de deuil, je suivis leur convoi funèbre et l’accom-pagnai jusqu’au cimetière; ensuite, je ne le cacheraipas, je dînai de bon appétit.
Aujourd’hui cependant, voici que tout à coup je penseavec tristesse à tout ce cortège d’amies mortes depuis silongtemps. Un amour subitement allumé agite d’étrangesflammes dans mon cœur !
Ce sont surtout les larmes de la petite Juliette qui mereviennent en mémoire. Le doux regret devient un désirfougueux, et jour et nuit je l’appelle !
Souvent la fleur morte s’offre à moi dans les songesde ma fièvre; alors je reprends courage comme si elledonnait un aliment posthume au feu de mon amour.
O gracieux fantôme, enveloppe- moi de tes bras. Plusferme, plus ferme encore ! presse ta bouche sur mabouche ; adoucis l’amertume de la dernière heure.