NOCTURNES. 175
depuis le haut jusqu’en bas de sentences du Coran,arabesques charmantes, artistement enlacées.
Les rois mores jadis bâtirent cet édifice à la gloired’Allah; mais les temps ont changé, et avec le tempsl’aspect des choses.
Sur la tour, où le muezzin appelait à la prière, bour-donne maintenant le glas mélancolique des cloches chré-tiennes.
Sur les degrés où les croyants chantaient la paroledu prophète, les moines tonsurés célèbrent maintenantleurs lugubres facéties.
Et ce sont des génuflexions et des contorsions devantdes poupées de bois peint, et tout cela beugle et mugit,et de sottes bougies jettent leurs lueurs sur des nuagesd’encens.
Dans le dôme de Cordoue se tient deoout Almanzor-Ben-Abdullah, qui regarde tranquillement les colonnes,et murmure ces mots :
« O vous, colonnes fortes et puissantes, autrefois vousembellissiez la maison d’Allah, maintenant vous rendez
servilement hommage à l’odieux culte du Christ.
«
« Vous vous accommodez aux temps, et vous portezpatiemment votre fardeau. — Hélas! et moi qui suisd’une matière plus faible, ne dois-je pas encore pluspatiemment accepter ma charge? »