Mon sang s’agite, fermente et écume, parce que j’aifait un horrible rêve : le sinistre fils de la nuit est venuet m’a transporté haletant.
Il m’a transporté dans une belle maison toute reten-tissante de bruits de violons et de trompettes, toute res-plendissante de feux de torches et de bougies. J’entraiau salon, —
Il y avait un somptueux repas de noces; les convivesétaient joyeusement assis autour de la table. Et lorsqueje regardai la fiancée, ô malheur ! la fiancée était mabien-aimée.
C’était bien elle, avec sa couronne nuptiale; l’épouxétait un homme étranger. Je me plaçai derrière le sièged’honneur de la mariée, et je me tenais tout tran-quille.
Des fanfares retentirent — je me tenais tout tran-quille. Ce bruit de joie m’attristait et m’accablait. Lamariée avait le bonheur dans les yeux; le fiancé lui ser-rait la main.
Le fiancé remplit son verre, y trempa ses lèvres, et lepassa galamment à la mariée; elle le remercia d’unsourire, et but — ô malheur ! ce vin rouge, c’était monsang qu’elle but.
La mariée prit une jolie petite pomme, et la tendit aufiancé II prit son couteau, l’y enfonça — ô malheur!c’était mon cœur que le couteau perçait.