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NOTICE
Un reflet de l’Edda colore ses ballades comme une auroreboréale; ces scènes de carnage et d’amour, de voluptésfatales et d’influences mystérieuses, conviennent à sa manièrecontrastée. Mais, ce à quoi il excelle, c’est la peinture detous les êtres charmants et perfides, ondines, elfes, nixes,wilis, dont la séduction cache un piège, et dont les bras blancset glacés vous entraînent au fond des eaux dans la noire vase,sous les larges feuilles des nénufars. Il faut dire que, malgréles galanteries italiennes de ses terzines, les hyperboles et lesconcetti de ses sonnets, toute femme est pour Heine quelquepeu nixe ou wili ; et lorsque dans un de ses livres il s’écrie,à propos de Lusignan, amant de Mélusine : « Heureux hommedont la maîtresse n’était serpent qu’à moitié ! » il livre en une
phrase le secret intime de sa théorie de l’amour.-
Dans la Nord-Sée (Mer du Nord), le poëte a peint des ma-rines bien supérieures à celles de Backhuysen, de Van de Veldeet de Joseph Vernet; ses strophes ont la grandeur de l’Océan,et son rhythme se balance comme les vagues. 11 rend à mer-veille les splendides écroulements des nuages , les volutes dela houle brodant le rivage d’une frange argentée, tous lesaspects du ciel et de l’eau dans le calme et dans l’orage.Shelley et Byron seuls ont possédé à ce degré l’amour et lesentiment de la mer ; mais, par un caprice singulier, au bordde cette Baltique, devant ces flots glacés qui viennent du pôle,notre Allemand se fait Grec. C’est Poséidon qui lève sa têteau-dessus de cette eau bleue et froide, gonflée par la fonte desglaciers polaires. Au lieu des évêques de mer et des ondines,il fait jouer dans l’écume des tritons classiques, par un ana-chronisme et une transposition volontaires, comme s’en sontpermis de tout temps les grands coloristes, Rubens et PaulVéronèse entre autres ; il introduit dans la cabane de la filledu pêcheur un dieu d’Homère déguisé, — et lui-même nereprésente pas mal Phébus-Apollon, avec une chemise rouge
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