DU TRADUCTEUR.
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fant au cor merveilleux mêle une note mélancolique où re-vivent les poésies secrètes de la forêt et les fraîches inspirationsdu printemps; le railleur s’installe familièrement dans undonjon gothique ou se promène sous les arceaux d’une cathé-drale ; il commence par se moquer des hauts barons et desprêtres, mais bientôt le sentiment du passé le pénètre, lesarmures bruissent le long des murailles ; les couleurs des bla-sons se ravivent, les roses des vitraux étincellent, l’orguemurmura ; le paladin sort de son château féodal sur son cour-sier caparaçonné ; le prêtre, la chasuble au dos, monte lesmarches de l’autel, et jamais poète épris de chevalerie et d’artcatholique, ni Uhland, ni Tieck, ni Schlegel, dont il a tant defois tourné le romantisme en ridicule, n’ont si fidèlement dé-peint et si bien compris le moyen âge. La force des images etle sentiment de la beauté ont rendu pour quelques strophesnotre ricaneur sérieux ; mais voilà qu’il se moque de sa propreémotion et passe sur ses yeux remplis de larmes sa manchebariolée de bouffon, et fait sonner bien fort ses grelots et vouséclate de rire au nez. Vous avez été sa dupe ; il vous a tenduun piège sentimental où vous êtes tombé comme un simplePhilistin. — Il le dit, mais il ment ; il a été attendri en effet,car tout est sincère dans cette nature multiple. Ne l’écoutezpas, quand il vous dit de ne croire ni à son rire ni à ses
pleurs ; — pleurs et rires ne s’imitent pas ainsi !-
-Henri Heine a, entre autres qualités, le senti-ment le plus profond de la poésie du Nord, quoique méri-dional par tempérament, comme lord Byron, qui, né dansla brumeuse Angleterre, n’en est pas moins un fils du so-leil ; — il comprend à merveille ces légendes de la Baltique,ces tours où sont enfermées des filles de rois, ces femmesau plumage de cygne, ces héros aux cuirasses d’azur, cesdieux à qui les corbeaux parlent à l’oreille, ces luttesgéantes sur un frêle esquif ou sur une banquise à la dérive.