CRITIQUE DE LA CHREMATISTIQUE 69
bonheur, ou du seul magasin oü un marchand opulentreunit tous les tr£sors d'une province, ou des centainesde modestes boutiques, dont chacune nourrissait un menageindependant; de juger si tous ces bras qui executent lapensee d'une seule töte developpent autant d'intelligencehumaine que s'ils obeissaient ä autant de tetes qui s'exer-cassent ä combiner et ä reflechir ; de compter enfin sil'opulente ferme qui couvre un mille carre d'etendue donneraautant de braves ä la patrie que quarante maisons rusti-ques, appartenant k autant de paysans propri£taires, pretsä defendre les lois qui les rendent heureux.
Cette meme admiration pour tout developpement de lapuissance de rhomme a eu une grande part ä l'enthou-siasme avec lequel on a celöbrö les progres recents desmanufactures. Parmi les victoires que l'homme a rem-portees sur la matiere, il en est en effet peu de plus admi-rables que Celles qu'il a dues ä l'application de la scienceaux arts. L'homme qui, par lui-mßme, se sentait faible,a demande de la force ä tout ce qui, dans la nature, luiparaissait en posseder. II en voyait une agissante dans lachute des eaux, dans le souffle des vents, et il a commencepar maitriser ces mouvements preexistants, il les a contraintsd'obeir pour executer un ouvrage humain. Mais bientotle genie de l'homme lui a fait d£couvrir des forces latentesen quelque sorte, qu'il pouvait ä volonte ou creer ou sus-pendre par J'application des lois de la matiere, qu'il pouvaitexciter en tout lieu et augmenter presque sans limites.Avec la pesanteur il a fait du mouvement ; puis il s'estemparS de la force expansive des vapeurs, il l'a soumiseä sa volonte mieux que n'avaient pu l'etre ou l'eau ou levent, et tandis que la puissance infatigable de cet agent