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Tom. 1 (1685)
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146
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ANDREDEL CAS-TAGNO.

146 II. ENTRETIEN SUR LES VIESIl y avoit encore en ce temps-là ANDREDEL CASTAGNO, qui travailla beaucoup àFlorence, & qui fut le premier des Peintres de Toſ-cane qui ſceût la maniere de peindre à huile. Carcomme Dominique Venitien qui l'avoit appri-se d'Antonello da Messina, & duquel je vous ayparlé, vint à Florence: André del Castagno re-chercha auſſitoſt ſa connoiſſance, & ne le quittapoint qu'il n'eu$t appris $a nouvelle maniere depeindre, que Dominique luy communiqua d'au-tant plus volontiers, qu'André luy témoignoit uneamitié tout-à-fait sincere. Cependant l'estimeque les Florentins avoient alors pour les ouvra-ges de Dominique, fit nai$tre dans l'e$prit d'An-dré une jalousie si horrible, que sans avoir égardaux obligations qu'il avoit à ce Peintre, ni à l'a-mitié qu'il luy avoit tant de fois jurée, il résolutde l'assassiner.Un ſoir que Dominique ſe promenoit par lesruës avec une guitarre a la main, ce faux amis'estant déguisé, alla l'attendre dans un endroitécarté ; & comme il vint à passer par là, il mit sisecretement à éxécution son détestable desseinque le pauvre Dominique n'ayant point reconnu$on meurtrier, & ne $e doutant en aucune façonde l'horrible perfidie d'André, $e fit porter chezce cruel ami, où il mourut entre ses bras. L'onn'auroit jamais ſceû l'auteur de cét aſſaſſinat, ſiAndré, par le remors de sa conſcience, ne l'euſt déclaré luy-meſme lors qu'il ſe vit au lit de la mort.