FREREJean An.GELIC.
140 II. ENTRETIEN SUR LES VIESvertissement si innocent, il choisissoit toûjourspour son sujet quelque histoire sainte. Ce travailluy estoit si agreable, qu'il le préféroit aux em-plois les plus con$iderables de son Ordre, à cau-$e qu'il y joûï$$oit de la douceur de la $olitude,& du repos de l'esprit.Si ses amis luy demandoient de ses ouvragesil les prioit de le faire trouver bon à son Supe-rieur, ne voulant pas disposer de la moindre cho-se sans sa permission. Enfin comme il fit toûjoursparoi$tre beaucoup d'humilité & de mode$tie danstoutes ses actions, de mesme l'on vit dans ses ta-bleaux une facilité toute particuliere à bien re-pre$enter la dévotion & la pieté des Saints ; &l'on remarquoit $ur leurs vi$ages un air & un je nesçay quoy de divin que tous les autres Peintresn'exprimoient point $i dignement. Il achevoittous ses ouvrages sur la premiere idée qu'il en avoitconceûë, & jamais ne réformoit ses premierespenſées par de nouvelles. Lors qu'il prenoit lepinceau pour travailler, il se mettoit en priere ;& on l'a veû tout baigné de larmes pendant qu'iltravalloit à un Crucifix, dans le souvenir qu'ilavoit des peines que ce divin Sauveur avoit souf-fertes ſur la Croix.Ce bon Religieux, aprés avoir ainſi vécu avecbeaucoup de sainteté, mourut âgé de 68. ans, &fut en$eveli dans l'Egli$e de la Minerve à Rome,l'an 1455.Vous remarquerez, s'il vous plaist, que de tous