Druckschrift 
Tom. 1 (1685)
Entstehung
Seite
90
Einzelbild herunterladen
 

II. ENTRETIEN SUR LES VIES90plu$part du temps e$toient tout nuds ; & commeils les avoient continuellement devant les yeux,ils ob$ervoient toutes leurs actions, & remarquantce qui e$t de plus beau dans les membres du corps& dans leurs diférens mouvemens, ils s'en for-moient de fortes idées. Ainsi étudiant à touteheure aprés le naturel, ils ont cét avantage depouvoir $e perfectionner dans cét Art avec bienplus de facilité qu'on ne peut faire à pre$ent. C'e$tpourquoy l'on peut me$me douter $i les Sculpteursne $urpa$$oient pas les Peintres dans l'excellencede leur travail ; & l'on pourroit croire au$$i quesi d'un costé les Peintres sçavoient alors si bienrepreſenter le nud des figures, peut-eſtre que d'ail-leurs ils ignoroient d'autres cho$es que Raphaëla mieux po$$edées. Mais cependant il e$t certainqu'ils ont fait des ouvrages admirables ; & si nousles égalons en quelques-uns, il y en a de tres-conſiderables, je croy qu'ils nous ont ſurpaſſéde beaucoup.Ayant ce$$é de parler ; Si vous voulez, me dîtPymandre, nous pouvons maintenant nous en-tretenir des Peintres modernes avec encore plusde plai$ir & plus d'utilité que des anciens, pui$-que nous avons les tableaux des uns pour témoinsde leur merite, & que nous ne pouvons parlerdes autres que par conjecture. Si vous le jugezdonc à propos, vous reprendrez vostre discours vous le quittastes, observant toûjours le temps& la $uite de ceux qui ont vécu ju$ques à pre$ent.