ZEUXIS.
I. ENTRETIEN SUR LES VIES58les Historiens nous en font accroire : car ou lesOi$eaux de ce temps-là avoient les $ens beaucoupmoins $ubtils que ceux d'à pre$ent, ou bien ceuxd'aujourd'huy ont bien plus de jugement pour nese méprendre pas, puisque nous ne voyons pointqu'il y en ait qui s'arrestent non seulement à desfruits peints $ur une toile, mais me$me à ceux quisont de relief, & qui ont la forme & la couleurdes fruits naturels.Si vous croyez, repartis-je, en riant, que lesOiseaux de ce temps-cy ayent plus de discerne-ment que ceux du temps dont je parle, il faut donccroire aussi que les hommes d'alors avoient laveuë moins délicate que ceux d'à pre$ent, pui$queZeuxis luy-me$me tout habile qu'il e$toit $e trompa au tableau de Parrha$ius. Mais e$tant difficilede donner ſon jugement ſur les Ouvrages de cesanciens Peintres, puis qu'il ne nous en re$te rienque nous pui$$ions confronter avec les Modernes,je pense qu'il nous est libre d'en avoir telle opi-nion que bon nous ſemble. Néanmoins commel'on voit encore aujourd'huy certaines Peinturesqui trompent les yeux des hommes & le $enti-ment des bestes, je ne croy pas que l'on doivedouter que celles de ces Anciens ne fi$$ent un $em-blable effet, puisque mesme il y a des tableauxfort mediocres en bonté, qui $e trouvent propresà tromper la veûë de ceux qui les voyent, plû-to$t que ne feroient d'autres Ouvrages plus ex-cellens.