I. ENTRETIEN SUR LES VIES34Sur cela j'apperceûs que Pymandre me regar-doit fixement. Vous me regardez, luy dis-je ? Ilest vray, me repartit-il, parce qu'il me sembleque vous avancez un paradoxe qui n'est gueressoustenable. Peut-on faire la ressemblance d'unvi$age plus parfaitement qu'en la tirant $ur le vi-sage mesmeJe ne prétends pas pourtant, luy repartis-je,établir une opinion fausse, quand je vous dis quej'ay remarque en effet qu'encore que ces Imagesde cire ayent les meſmes traits de la perſonne ſurlaquelle on les a formez ; que le mélange des cou-leurs y $oit ob$ervé avec un $oin $i particulier, &une exactitude si grande que l'on y voit toutesles teintes de la chair, les veines, les fibres, &me$me ju$ques aux pores, & que l'on $e $oit don-né la peine d'imiter dans les yeux ce brillant &cette humeur cristalline qui les rend si clairs : j'ayremarqué, dis-je, que cette reſſemblance ſurprendplûtoſt la veûë qu'elle ne perſuade l'eſprit, & qu'el-le ne fait point une image veritable de la person-ne qu'on prétend repreſenter. La raiſon que j'entrouve, e$t que ceux de qui on moule le vi$age,demeurant dans une assiette tranquille pendantqu'on y travaille, la matiere qu'on employe &dont on couvre tous les traits, empesche leursfonctions naturelles ; chasse & repousse, s'il le fautainsi dire, de telle sorte les esprits & les mouve-mens interieurs qui leur donnent la vie, qu'il s'enfait une ſuſpenſion qui eſt cauſe que ces meſmes
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