230
l'autre ystoire met molt merveillose victoire que fisj: loconte Rogier, frère de lo duc, en Sycille avant que venista Bar; mes ceste ystoire n'en met noient (1).
Ci sefinist li quint livre.
Aimé, à l'instigation de Robert Guiscard que les Pisans voulaientvenger les torts que les Palermitains leur avaient causés, mais rienn'empêche que Robert Guiscard leur ait conseillé d'agir ainsi ; sonintérêt était d'affaiblir les Sarrazins de Sicile. Le fait rapporté parMalaterra qu'au lieu de se rendre directement devant Palerme, lesPisans vinrent d'abord dans un port du Val-Demone, qu'ils semirent en rapport avec Roger et qu'ils cherchèrent à le décider àcombiner avec eux une attaque contre Palerme, donne raison à Aimé ;il permet de supposer des négociations antérieures et fait voir queles Pisans connaissaient la situation des Normands en Sicile. Pour-quoi Roger n'a-t-il pas voulu s'entendre avec les Pisans ? Nous'"n'avons aucun renseignement sur les motifs de son refus; on nepeut émettre que des conjectures. Peut-être Roger se sentait-il tropfaible pour une si grosse entreprise ; le ton de persiflage, sensibledans Malaterra, indiquerait aussi que Roger n'avait pas grande con-fiance dans ces marchands de Pise, soldats improvisés, et puis lerusé Normand né se souciait probablement pas de s'employer à uneconquête qu'il aurait fallu ensuite partager avec des étrangers. 11préféra attendre et la faire avec ses compatriotes.
(1) 11 s'agit de la victoire de Cerami, remportée par Roger sur lesSarrasins ; cf. Malaterra, II, 33, Anonymus, texte latin dans Mura-tori, R. I. S., t. VIII, col. 760 sqq., texte français dans Champol-lion-Figeac, I, 18, p. 287 sqq.; sur les additions faites au texte deMalaterra par l'Anonymus, voyez Delarc, les Normands en Italie,p. 402, note.