46
LES VEILLEUSES
L’air d’habiter ailleurs, là-bas, sur l’autre riveDe la vallée ou à l’autre bout de la plaine.
Humbles ainsi et si chétivesQue le souffle d’un nouveau-né les éteindrait,Pendant que les maisons sommeillent,
Les petites veilleuses veillent.
Non seulement elles y voient, mais l’on croirait,Tant elles paraissent attentives,
Qu’elles entendent; rien jamais ne les distraitDe leur tâche, elles sont discrètes et fidèles.L’esprit du foyer vit en elles.
Selon que le bonheur ou le malheurHabite les maisons, les petites veilleusesScintillent avec des lueurs joyeusesOu ressemblent à des regards voilés de pleurs,Et selon que l’âme de ceux qui les allumentSubit docilement les coups du sortOu s’exalte en audacieux efforts,
Ou, douloureuse, se consumeDans les regrets et les remords,