DEUXIÈME PARTIE. 447
et si difficile de se conduire tout seul ! Il y a dans leinonde bien plus de serviteurs qu’on ne pense.
2 . Dans ses rapports avec la loi, la liberté souffredes modifications bien plus nombreuses. D’abord ilest évident que la société a le droit de priver de saliberté celui qui en fait usage contre la sécurité pu-blique : c’est un instrument dangereux dans les mainsdu méchant, il faut le lui arracher. Mais ce n’est pastout : les lois répressives ne suffisent pas. L’état nepourrait subsister si le législateur était forcé d’atten-dre le mal pour l’en garantir. On élève des remparts,on creuse des fossés avant que l’ennemi se présenteen armes devant nos habitations. Il faut des lois pré-ventives comme il faut des murs à un jardin.
Alors la liberté du citoyen se trouve gênée , sansdoute : il ne peut pas exécuter toutes ses volontés ;de même qu’il ne peut pas, quoique propriétaire ,transmettre ses biens à qui bon lui semble. Il n’y adonc pas, il ne peut pas y avoir de liberté civile ab-solue, puisque toute société suppose des lois, touteloi des entraves. On appelle libre le peuple qui con-court par un moyen quelconque à l’établissement deces lois qui l’enchaînent. Plus ce moyen laisse d’ac-tion à l’individu dans sa coopération à l’acte législa-tif, plus il a de liberté civile. Celui qui n’y prendaucune part n’a de liberté que celle que les lois luipermettent.
3. Mais ni l’individu, ni la société , quels quesoient ses pouvoirs, n’ont de droits sur la libertétout entière, hors du cas deculpabilité. L’esclavage