DEUXIÈME PARTIE. .541
qu’un moyen d’instruction, quand elle est sérieuse ;mais gardons-nous d’y dépenser toute noire vie,toute l’activité de notre esprit : éparpiller ses idées,c est détruire la force qui les produit.
Nous saurons donc , même dans l’existence la plusagitée, la plus mobile, nous réserver des lieux deretraite, des points de repos pour nous recueillir ,et penser seuls à un seul objet. Songeons que l’alten-tion, c’est la volonté, que la volonté, c’est l’hommetout entier; et que celui qui écoute tout, parle detout et vit avec tous, finit par lessemblerà tout lemonde, et n’est plus lui-même.
Parla même raison, exerçons notre jugement:habituons-nous à ne voir dans les rapports que cequ’ils sont , non ce que'le langage ou la société nousles présentent. Pour arriver à celle heureuse indé-pendance, gardons-nous de n’écouter qu’un avis, dene voir qu’un côté des objets. Ce n’est point exercerson jugement que de lire tous les malins le mêmejournal, de fréquenter continuellement les mêmespersonnes, de faire tous les jours la même chose,Peu d’habitudes : les habitudes altèrent la liberté,en tournant sans cesse les pensées du même côté. *Laissons la routine aux esprits faibles, les idées fixesaux orgueilleux : le sage doit savoir changer d’avis,quand il en trouve un meilleur, accorder son estimeà celui qui s’amende, la retirer à celui qui se désho-nore. Arts, sciences, intérêts civils ou domestiques,politique , littérature , viennent continuellementjeter des procès , des questions à résoudre , au pied