DEUXIÈME PARTIE. ZlZ
le demande, quel devoir prescrire aux autres, ets’imposer à soi-même, raisonnablement, si l’on n’apas commencé par celui-là ? Obéis-moi, dit le père àson fils. Et pourquoi? Apprends , travaille, resteimmobile sur des livres, écoute, écoute long-temps;répète le maître à son élève. Et pourquoi? Plus tard,on viendra lui ordonner de servir son pays, luidéfendre de nuire à ses semblables : puis il faudrafatiguer, user la moitié de sa vie, le bon temps dela jeunesse , celui où l’on voudrait jouir parce qu’onsaurait être heureux, pour assurer la tranquillitéd’un âge qu’on ne saura plus employer , qu’on n’at-teindra peut-être jamais : car ainsi va le inonde. Etpourquoi tout cela ? Comme cette manière de dépen-ser l’existence doit paraître ridicule à celui qui n’a ja-mais su regarder en face sa destinée, qui n’a jamaisélevé sa pensée vers l’auteur de toutes choses!
Encore si l’on était seul, on pourrait dire : J’y aisongé, et je n’ai rien découvert (quoique tout dans lemonde soit plein de cette idée). Mais au milieu d’unesociété civilisée, où la question s’agite de toutesparts, où l’on peut la lire sur tous les monumens,dans tous les livres , l’entendre dans toutes les con-versations, dans toutes les leçons, où elle pénètre,pour ainsi dire, par tous nos sens à la fois, conçoit-on l’homme assez indifférent pour passer outre, ets’occuper profondément des vanités de la vie? Nesemble-t-il pas voir cet amateur de tulipes que LaBruyère nous représente planté au milieu de sesfleurs, auprès'desquelles il passe sa journée entière :