PREMIÈRE PARTIE. 129
triomphe continue ; et dans la crainte de voir cequ'on a laissé derrière, d’entendre le murmure im-portun des objections qu’on a franchies, on se pré-cipite en avant, on s’étourdit, on se persuade soi-même , et c’est alors qu’on entraîne les autres. C’estavec des croyances qu’on mène les hommes, qu’onbouleverse le monde : c’est avec dos croyances qu’onexpliquera nos passions, nos folies, nos crimes, nosdévouemens et nos vertus.
Cultivez donc les croyances, vous dont la missionest de gouverner les hommes ou de les instruire. Cul->ivez-les , car il en est de bonnes , de conformes à lavérité, et croyance n’est pas synonyme d’erreur :puisque la* solution est inconnue quand on croit,celle qu’on adopte peut être la véritable, et proba-blement le signe auquel on distingue une opinionjuste, c’est son utilité morale. Cultivez-les, parceque sans elles vous ne trouverez ni obéissance à voslois, ni confiance dans vos conseils. Cultivez-lesenfin, parce qu’elles marcheront sans vous, si vousvoulez marcher sans elles. Nos pères n’ont-ils pas cruà la liberté républicaine d’aussi bonne foi que nosaïeux croyaient-aux droits monarchiques ? Nous-mêmes, n’avons-nous pas cru à la gloire quand ledespotisme nous défendait de croire à la liberté ?Eh bien, nos pères ont fait de grandes choses : nousaussi, avec nos illusions, nous avons étonné lemonde. Qui sait ce que peut faire la génération quis’élève, avec sa confiance aveugle dans la perfectibi-lité du régime constitutionnel ?
PHILOSOPHIE. g
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