PREMIÈRE PARTIE. 89
pressions faites sur le corps et par ses mouvemensspontanés : ajoutez à cela l’indication des personnes,qu’on peut montrer; celle du temps, qu’on peutfigurer par trois signes dans l’espace ; et vous avezle verbe, l’expression la plus abstraite, la plus im-portante de la pensée. Nous n’essaierons pas dureste de faire , comme Condillac , l’historique dela formation des langues. Son travail sur cette ma-tière est trop ingénieux et en même temps trop in-suffisant pour qu’avec moins d’habileté nous espé-rions plus de succès. Nous y renvoyons nos lecteurs :nous les renvoyons bien plus encore à une expériencequi vaut mieux que toutes les théories, à la languedes sourds-muets. En présence de cette merveille,l’opinion de Rousseau est insoutenable : on n’a pluslà deux expressions dont l’une fait deviner l’autre :l’enseignement se fait par l’objet même de l’ensei-gnement. C’est avec des gestes qu’il faut expliquerdes gestes. Et pourtant l’on parvient à donner uqsigne aux idées les plus abstraites, à des objets surlesquels l’action des sens n’a aucune prise.
Cette belle découverte indique assez le parti qu’onpourrait tirer du langage des gestes. Ce moyen decommunication , encore dans son enfance , encoreexempt des influences fatales de l’usage, servira seul
un jour à réaliser le projet d’une langue universelle *.
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* Par langue universelle, nous entendons, non pas unelangue qui remplace toutes les autres, mais qui suppléeà leur inutilité pour les communications de peuple à peuple :non pas une langue que tout le monde apprenne, mais que