PREMIÈRE PARTIE. 3g
correspondance de rapports, il faudra bien qu’il s’eusouvienne ; il faudra bieu que tôt ou tard, ( je ne fixepas lepoque ; au bout d’un jour , au bout d’un mois ,qu’importe?) il faudra que l’opération de sa penséesoit plus rapide, et qu’il se dise : ma main est fermée,et l’objet reste, parce quelle est fermée : je vaisl’ouvrir, etl’objet tombera. Voyez-vous la différence?Tout à l’heure il jugeait, à présent il raisonne. Ju-ger, c’est saisir le rapport, tel que la nature nous ledonne; il ne faut pour juger qu’être attentif et sesouvenir : raisonner, c’est faire produire à des rap-ports fournis par la nature, un nouveau rapportqu’elle ne donne pas. Pour raisonner il faut de l’at-tention, delà mémoire, des rapports acquis, puisun acte d’imagination qui en crée de nouveaux , puisl'exercice d’une autre faculté , qui saisisse la dépen-dance, l’enchaînement de ces rapports. Elle diffèredu jugement, en ce qu’elle produit et constate à lafois, tandis que le jugement ne fait que constater ;de l’imagination, en ce qu’elle ne travaille que surdes réalités , et tend à n’enfanter que des réalités.L’un veut conquérir pour connaître, pour posséder ;l’autre pour bâtir des cités et fonder des empires.
Le raisonnement ne repose que sur des analogies.Que se passait-il dans la pensée de l’enfant? il disait :« J’ai ouvert la main , une fois , deux fois , vingtfois : » analogie dans les faits. « L’objet est tombétoujours : » analogie dans les résultats. Jjà finissaitl’action du jugement. « Ouvrir la main , c’est fairetomber ce qu’elle contient : » résumé des analogies ,