PREMIÈRE PARTIE. 3»
foujours renouvelé , toujours différent de lui-même,ne pourrait jamais dire moi ; son existence seraitune énigme dont Dieu seul aurait le mot. Certes, iln’v a pas seulement sensibilité, mais puissance, maisaction , à se dire : « Mes idées d’hier, celles de tout à* l’heure , celles d’à-présent ne sont pas moi : ellesk se succèdent, s’effacent, s’évanouissent ; et moi« je reste , moi je suis ce que j’étais hier et tout à'« l’heure. » Non , je ne conçois pas nos logiques avecleurs divisions. Puisqu’on veut des distinctions fon-dées sur les nuances les plus légères, pourquoi fairede la comparaison , qui après tout n’est que l’atten-tion, une faculté à part > tandis qu’on exile la mé-moire,, sans laquelle rien ne s’explique dans les opé-rations de la pensée ; la mémoire , qui se sépare detoute autre faculté par des traits, par une physiono-mie si particulière ?
4. Mais ce n ; est pas tout : s’il y a une mémoirequi se souvient, il y a une mémoire qui rappelle :et il est à regretter que notre langue n’ait pas ouplutôt n’ait plus un mot pour exprimer cette autrepuissance. Les Latins avaient recordatio , les Italiensont rimembranza : nous en avions fait remembrance.Qu’est devenu ce mot ? Cette espèce de mémoiren’est plus, comme l’autre, la gardienne des morts :c’est une fée qui les évoque et les ranime. Elle lesappelle sans les voir , l’autre ne peut que les nom-mer quand ils paraissent.
Nous refusera-t-on ce pouvoir ? niera-t-on quenos souvenirs accourent à la voix qui les mande?