Ann. 1767.Décemb,.
du Capitaine Carteret. 31/
leur difoit. Sur le midi la brife de mer fe leva, &n’ayant point reçu de nouvelles du Gouverneur, jemis à la voile & m’avançai vers la ville, très-réfolude repouffer, autant qu’il me feroit poffible , la forcepar la force , fi nous étions attaqués par les bâtimensqui étoient venus mettre à l’ancre près de nous. Heu-reufement pour eux & pour nous, ces deux bâtimensfe contentèrent de lever l’ancre &c de fuivre nos mou-vemens.
Bientôt après que nous eûmes mis à la voile,un joli bâtiment qui portoit une bande de Muficiens& plufieurs Officiers, s’approchèrent de nous & nousdirent qu’ils étoient envoyés par le Gouverneur, maisqu’ils ne viendroient pas à bord fi nous ne jettionsl’ancre une fécondé fois. Nous remîmes donc à l’an-cre fur le champ , & les Officiers vinrent à bord ;c’étoient M. Blydenbrug le Fifcal, M. Voll le Saban-dar, un troifième appellé Licence-Majler , Maître duport, & M. Douglafs l’Ecrivain dont il a déjà été faitmention. Ils témoignèrent quelque furprife de ceque j’avois appareillé , & ils me demandèrent ce queje prétendois faire. Je leur répondis que mon uniquedeffiein étoit de tenir la parole que je leur avoisdonnée la veille ; que jufiifié par les droits communsdu genre humain , qui l’emportent fur toutes les au-tres loix , je voulois, plutôt que de remettre en mer,ou notre deftruéiion par un naufrage, par la maladieou par la famine étoit inévitable, venir fous leurs mu-railles , & les forcer k nous fournir ce dont nousavions befoin, ou faire échouïer le vaiffeau fur le rivage,