Ann. 1767.Décemb.
324 Voyage
étoient dans notre fituation, n’avoient rien à craindre au-delà de ce qu’ils fouffroient ; que s’ils ne m’accordoientpas fur le champ la liberté du port pour acheter desrafraîchiffemens & me procurer un abri, j’irois,dèsque le vent le permettroit, affronter toutes leurs me-naces & toutes leurs forces, & mouiller tout près dela ville ; que fi enfin je ne venois pas à bout de lesintéreffer à notre fort, je me ferois échouer fous leursmurailles , & qu’après avoir vendu nos vies auffi chère-ment que nous pourrions, je les couvrirois d’infamie,pour avoir réduit un ami & un allié à une fi terribleextrémité. Cette déclaration parut les allarmer d’autantplus, que notre fituation fuffifoit feule pour les con-vaincre que je tiendrois ma parole. Ils me prefsèrentavec beaucoup d’émotion de refter où j’étois jufqu’àce que j’euffe au moins reçu une fécondé lettre duGouverneur. Après quelque altercation j’y confentisà condition que le Gouverneur me feroit part de faréfolution avant que la brife de mer commençât àfouffler le lendemain.
Nous paffâmes le refte du jour & toute la nuit,-dans un état d’anxiété mêlée d’indignation, qui aggra-voit encore l’horreur de notre état. Le lendemain ,7 , dès le grand matin, nous eûmes la douleur devoir un floupe monté de huit canons & un des bâti—mens du pays équippé en guerre , & ayant à bordun grand nombre de foldats, venir de la ville &mettre à l’ancre aux deux côtés de notre vaifl'eau. Jedétachai fur le champ mon bateau pour leur parler,mais ils ne voulurent rien répondre à tout ce qu’on