Ann. 1767.Décemb.
316 Voyage
ravages du fcorbut étoient alors univerfels, il n’y avoirpas un feul homme dans tout l’équipage qui fût exemptde cette maladie ; les vents & les courans qui nousétoient contraires avoient tant de force , que nous nepouvions avancer ni k l’Oueft ni au Sud pour trouverun lieu de relâche. Notre efprit partageoit les peinesdu corps, tous les vifages répandoient un décourage-ment général, fur-tout parmi ceux qui 11’étoient pasen état de venir fur le tillac. Nous reliâmes jufqu’au x -10 dans cette fituation déplorable , & il n’eft peut-être pas aifé à l’imagination la plus fertile , de con-cevoir un malheur & un danger plus grands que lenôtre. Cependant, étant malades, affoiblis, mourants,voyant des terres où nous ne pouvions pas arriver,expofés k des tempêtes qu’il nous étoit impoflible defurmonter, nous fûmes attaqués par un pirate, Ôcafin que cet accident inopiné nous accablât dans toutefa force , il furvint k minuit , Jorfque les ténèbresextraordinairement épaiflès ne pouvoient pas manquerd’augmenter la confulion & la terreur. Cette attaquefubite , loin de nous abattre , excita notre courage ,
Se quoique notre ennemi entreprit de venir k l’abor-dage , avant que nous foupçonnafïions fa proximité,nous fîmes avorter fon projet. Il fit alors un feu très-vif fur nous avec des armes que nous fupposâmes êtredes pierriers St des fufiis ; quoiqu’il eut pris les de-vants , nous répondîmes bientôt à fon attaque St fiefficacement , que peu de tems après le bâtiment coulaà fond, & tous les miférables qui étoient k bord péri-rent. C’étoit un petit vaiffeau , mais il nous fut im-poflible de connoître de quel pays il venoit ou com-